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VACCIN POUR LES ENSEIGNANTS: La dose polémique de Diouf Sarr

La dose de Diouf Sarr destinée à l’école ne passe pas. A peine l’annonce faite que la polémique s’est installée, les enseignants demandant le vaccin du respect des accords.
 
En voilà un produit rejeté avant sa livraison. Dans sa sortie d’hier, le ministre de la Santé a indiqué que la nouvelle orientation du gouvernement consiste à affiner les cibles pour la vaccination contre la Covid-19. C’est dans ce sens que les enseignants et les étudiants sont privilégiés.
Mais du côté des syndicats d’enseignants, la nouvelle ne passe pas. ‘’Faux débat’’, ‘’maladresse’’, ‘’sortie inopportune’’ sont les mots utilisés par les pédagogues pour qualifier l’annonce du ministre. 
SG du Saemss, Saourou Sène pense que quelles que soient les intentions de Diouf Sarr, ‘’il a mal communiqué’’, car il donne l’intention de vouloir forcer la main aux hommes de craie, ce qui serait illégal. 
« Aucun texte n’a été pris pour faire obligation à un quelconque Sénégalais de prendre le vaccin. Les gens sont donc libres de se faire vacciner ou non », précise-t-il.
Son camarade Abdoulaye Ndoye, SG du Cusems, rappelle ce qui s’est passé récemment quand des patrons d’entreprises ont voulu imposer le vaccin à leurs employés. 
« Le ministre du Travail, Monsieur Samba Sy, avait sorti une note pour dire qu’à l’état actuel de la législation, aucune disposition ne rend obligatoire la vaccination. Donc le débat est clos », s’exclame-t-il. Ainsi donc, ajoute-t-il, toute décision contraire serait en porte à faux avec la législation du Sénégal.
 
« Le vrai vaccin qu’on attend du gouvernement »
 
Ndoye et Sène s’accordent à dire que certains enseignants se sont fait vacciner avant la sortie du ministre. La profession n’a donc pas besoin d’une piqûre de rappel encore moins une dose forcée. 
« Cette sortie est inopportune dans la mesure où beaucoup d’enseignants sont allés librement se faire vacciner. On ne peut pas défoncer une porte ouverte », peste Ndoye.
Saourou Sène renchérit : « Moi qui vous parle, je me suis déjà fait vacciner, je n’ai pas attendu que le ministre me prie pour le faire. Autant maintenant j’ai la liberté de me faire vacciner, autant d’autres pourraient juger de l’inopportunité de ce vaccin. Par conséquent, certains peuvent le rejeter et c’est leur droit le plus absolu. »
Saourou Sène pense que dans cette communication, on aurait dû indiquer que c’est un souhait, une suggestion à des catégories socioprofessionnelles et faire apparaître que rien ne peut faire obligation à qui que ce soit de prendre le vaccin. 
Mais au lieu de ça, ajoute-t-il, c’est plutôt l’effet contraire aux objectifs de la communication qui s’est produit. « Certains se braquent déjà en disant que du Sénégal, c’est le vaccin du respect des accords. En communiquant de cette façon, on crée une défiance, ce n’est pas utile du tout », conclut-il.
 
« Une faveur qu’on accorde aux enseignants »
 
Coordonnateur du G20, Gounia Niang lui préfère retenir ce qu’il y a de positif dans la sortie du ministre Abdoulaye Diouf Sarr. Certes, il reconnaît qu’il y a eu ‘’maladresse’’ dans le choix des mots, mais il applaudit le fond de la pensée.
« Je m’en réjouis, mettre les enseignants et l’école à l’abri, c’est le minimum que l’Etat doit aux enseignants. Il faut que les gens comprennent qu’au Sénégal, il n’y a pas obligation de se faire vacciner. De sorte que moi je vois ça comme un privilège ou une faveur qu’on accorde aux enseignants en leur donnant la possibilité de se faire vacciner », relativise-t-il.
Pour lui, une école de qualité passe d’abord par une bonne santé des enseignants et des élèves. « Même si maladresse il y a, il y a quelque chose de positif », renchérit-il.
Son collègue Saourou Sène doute fort que les enseignants aient la même lecture. « J’aurais aimé que les enseignants considèrent cela comme une faveur, mais c’est le contraire. Je suis responsable national, j’ai eu des réactions et c’est clairement de la défiance », rétorque-t-il.
Mis à part cette hostilité, Abdoulaye Ndoye pense que les priorités sont ailleurs. « Le véritable débat pour nous, c’est qu’on est resté deux ans sans perturbation, mais le gouvernement n’a manifesté aucune volonté. Le niveau de matérialisation des accords est très faible ».
A un mois jour pour jour de la rentrée scolaire pour les enseignants, le gouvernement a donc du travail pour convaincre afin de faire passer la dose anti-Covid, d’un côté, et de l’autre, administrer la dose du respect des accords avant le retour en classe.

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