
Port-au-Prince, 30 janvier 2026.- À quelques jours de l’échéance marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), le mouvement politique Lapè Pou Ayiti hausse le ton contre la Communauté caribéenne (CARICOM), qu’il tient pour coresponsable de l’impasse actuelle en Haïti. Dans une note transmise à la presse, l’organisation critique sévèrement l’approche internationale adoptée depuis la mise en place de l’actuelle structure de transition.
Le mouvement estime que le CPT est issu d’un schéma institutionnel encouragé par la CARICOM, présenté à l’époque comme une issue à la crise. Mais, selon Lapè Pou Ayiti, cette formule n’a ni rétabli la sécurité ni redynamisé l’appareil d’État. Au contraire, elle aurait contribué à accentuer la désorganisation politique et la détérioration des conditions de vie.
Pour étayer ses accusations, l’organisation met en avant plusieurs indicateurs jugés préoccupants : près de deux millions de personnes contraintes de quitter leur domicile en raison des violences armées, environ six millions d’Haïtiens confrontés à une insécurité alimentaire sévère, et des institutions publiques affaiblies par des pratiques de gestion décriées.
Lapè Pou Ayiti s’appuie également sur des rapports du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), évoquant des dépenses publiques controversées imputées aux membres du CPT. Le mouvement cite notamment une enveloppe de 300 millions de gourdes engagée pour un référendum finalement abandonné, qu’il considère comme l’illustration d’une gouvernance mal alignée sur les urgences nationales.
À ses yeux, ces éléments traduisent un échec de la médiation politique régionale. Le mouvement dénonce une logique d’ingénierie institutionnelle conçue à l’extérieur du pays, jugée inadaptée aux réalités sociales et sécuritaires haïtiennes.
Dans cette optique, Lapè Pou Ayiti appelle à l’ouverture d’une nouvelle phase de transition reposant exclusivement sur des acteurs nationaux, qu’il qualifie de progressistes, patriotiques et démocratiques. L’objectif affiché est la mise en place d’un cadre politique fondé sur la souveraineté nationale et la restauration de la légitimité institutionnelle après le 7 février.
Le mouvement ne rejette pas pour autant toute coopération internationale. Il plaide toutefois pour une redéfinition des rôles, où les partenaires extérieurs, y compris la CARICOM, interviendraient comme accompagnateurs ou observateurs, et non comme décideurs.
Cette prise de position intervient dans un climat politique déjà tendu, alors que l’avenir du CPT demeure incertain et que la crise sécuritaire continue de paralyser de larges pans du territoire. À l’approche de la date charnière du 7 février, les appels à une refondation du processus de transition se multiplient, accentuant la pression sur les acteurs nationaux et régionaux impliqués dans la gestion du dossier haïtien.
