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Quand l’OPL s’indigne… contre un État dont elle occupe elle-même les couloirs du pouvoir

Port-au-Prince, 31 octobre 2025.- La dernière sortie publique du parti Organisation du Peuple en Lutte (OPL) aurait pu passer pour un cri citoyen, un appel à la responsabilité publique. Mais difficile, aujourd’hui, de recevoir cette indignation sans y déceler une dose d’hypocrisie politique.

Dans une note enflammée, le responsable de communication Danio Siriack dénonce « l’échec de l’État » dans la protection de la population face aux catastrophes et à l’insécurité. Une indignation bruyante, qui survient alors même que l’OPL est fracturée en deux camps, et que Siriack siège dans l’entourage politique d’Edgar Leblanc Fils, l’un des dirigeants bénéficiant directement des arrangements du pouvoir actuel.

Autrement dit :

ceux qui dénoncent sont aussi ceux qui participent.

Depuis cinq ans, reconnaît la note, le pays sombre dans l’insécurité, les massacres, la faillite institutionnelle. Mais faut-il rappeler que, durant cette même période, l’OPL n’a cessé de circuler dans les couloirs de la transition, de négocier, d’occuper des fauteuils, même symboliques et de prendre part aux arbitrages de la gouvernance intérimaire ?

Siriack accuse l’État d’incapacité. Pourtant, il fustige une machine dont ses alliés contribuent à orienter les choix. La crise est nationale, certes, mais elle est aussi politique, et ceux qui s’expriment aujourd’hui ont pleinement participé à la mécanique qui nous y a conduits.

Il faut le rappeler clairement :

l’OPL n’est pas un bloc unique. Une aile soutient Edgar Leblanc Fils, l’autre s’en éloigne. Cette sortie publique n’est donc pas un cri unifié du parti, mais l’initiative d’une faction cherchant à se donner une virginité politique en jetant la pierre à l’État… tout en y gardant un pied.

Critiquer est facile. Assumer en est une autre.

La note de Siriack accumule les accusations, les sermons, les appels patriotiques. Mais l’opinion publique, elle, voit surtout une formation politique qui oscille entre opposition de façade et participation silencieuse.

Évoquer le courage, l’action, la vision… quand on ne quitte pas les tables de négociation politique, cela relève presque du cynisme.

Là où les familles haïtiennes attendent des bras, des plans et des décisions, l’OPL livre des slogans et des dénonciations tardives.

Mieux vaut tard que jamais, diront certains.

Mais le pays, lui, ne peut plus se permettre la politique du double visage.

L’Haïti meurtrie n’a pas besoin de cris tactiques.

Elle a besoin de cohérence, de courage réel, et de responsables qui agissent avant de s’indigner.