
Port-au-Prince, Haïti – 5 août 2025.- Dans une déclaration commune marquée par un ton ferme et un diagnostic alarmant de la situation politique haïtienne, deux organisations citoyennes, le Secteur Non-Aligné de l’Accord du 3 Avril (SENA) et le collectif “Ayisyen Konsekan”, ont exigé ce mardi la démission immédiate du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Elles appellent à une restructuration du pouvoir autour de la Cour de Cassation, la plus haute juridiction du pays, en tant qu’unique voie vers une sortie de crise crédible.
Installé le 25 avril 2024, le Conseil Présidentiel de Transition est composé de neuf membres représentant divers secteurs de la société haïtienne. Après 16 mois de mandat, les critiques s’accumulent. Pour le SENA et Ayisyen Konsekan, le bilan est non seulement négatif, mais catastrophique.
« Il ne peut y avoir d’élections libres et transparentes organisées par ceux qui participent eux-mêmes au pouvoir actuel », a déclaré Joseph Jean Wislet, président du collectif Ayisyen Konsekan et porte-parole de l’Initiative du 24 Avril.
Selon lui, la jeunesse haïtienne, qu’elle soit issue des quartiers populaires ou du milieu universitaire, est abandonnée, livrée à la misère, à la violence et à l’exil intérieur, avec plus de 6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, souvent sans accès à l’éducation ni aux soins de base.
Dans une analyse détaillée des finances du CPT, Jean Pierre Makenlove Joseph, représentant du SENA, a dénoncé une gestion budgétaire jugée abusive, chiffrant les dépenses de fonctionnement du Conseil à plus de 1,44 milliard de gourdes (environ 10 millions de dollars américains) en 16 mois.
Les coûts comprennent notamment :
Des salaires mensuels élevés pour chaque conseiller (225 000 gourdes) ;
Des indemnités fixes, résidences secondaires et frais de sécurité ;
Des réunions coûteuses, à raison de près d’un million de gourdes chacune ;
Et des fonds dits “d’intelligence” dont la destination reste floue.
« Le Conseil Présidentiel est devenu une charge insoutenable pour un pays déjà en faillite institutionnelle », a-t-il affirmé.
En l’absence de Parlement fonctionnel et de gouvernement stable, les deux structures proposent le transfert du pouvoir à un juge de la Cour de Cassation. Ce choix, selon eux, offrirait une base neutre, légitime et constitutionnelle pour réorganiser les institutions, former un gouvernement provisoire et préparer les élections.
Ils affirment avoir déjà élaboré un plan de gouvernance de transition, partagé avec la société civile et des partenaires politiques.
Dans leur intervention, les représentants du SENA et d’Ayisyen Konsekan ont fermement rejeté toute perspective électorale organisée par le Conseil Présidentiel, qu’ils accusent d’être à la fois juge et partie.
« C’est une mascarade démocratique. Ce sont des membres de partis politiques qui veulent organiser des élections dont ils seraient eux-mêmes les candidats ou les bénéficiaires. »
Ils demandent également la suspension immédiate du Conseil Électoral Provisoire, estimant que son indépendance est compromise.
Les deux organisations ont donné au Conseil Présidentiel jusqu’au 7 août 2025 pour se retirer. Passé ce délai, elles menacent de déclencher une mobilisation citoyenne nationale, dans tout le pays.
“La population va se lever, dans toutes les provinces, pour réclamer la fin de ce Conseil qui n’a apporté que confusion, division et gaspillage “, ont-ils déclaré.
Se positionnant comme la voix d’une jeunesse haïtienne exclue des processus décisionnels, le SENA et Ayisyen Konsekan s’affichent désormais comme des forces de proposition, portées par des leaders issus des milieux populaires, académiques et professionnels.
« Nous avons un plan, une vision, et une volonté de reconstruire l’État sur des bases solides. Haïti ne doit pas continuer à vivre sous l’ombre d’une transition sans fin », a conclu Joseph Jean Wislet.
Haïti est plongée dans une instabilité politique chronique depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. La transition actuelle, censée ramener l’ordre constitutionnel, est critiquée pour son immobilisme, son manque de transparence et son incapacité à juguler l’insécurité qui paralyse l’ensemble du pays.
La société civile, les jeunes et plusieurs regroupements politiques appellent désormais à une refondation de l’État haïtien par des mécanismes inclusifs, souverains et légaux.
Valescot Wilgins
