
Port-au-Prince, 11 août 2025.- Le Mouvement Unifié des Transporteurs Haïtiens (MUTH) sonne l’alarme contre ce qu’il qualifie de « manœuvre délibérée » visant à faire sombrer le transport routier au profit de circuits maritimes et aériens hyper lucratifs.
Son coordonnateur général, Duclos Bénissoit, pointe particulièrement Sunrise Airways, qu’il accuse d’imposer des tarifs “hors de portée” pour la population. Selon lui, la compagnie aérienne encaisse près de 211 millions de gourdes par mois, alors que des milliers de passagers sont contraints d’abandonner la route à cause des barrages érigés sur des points stratégiques comme Mariani et Gressier.
Le MUTH avance également que le transport maritime interurbain engrange 35 milliards de gourdes sur deux ans, soit l’équivalent de 252 millions de dollars US. D’après Bénissoit, près d’une vingtaine de navires assurent quotidiennement des liaisons imposées par la fermeture ou l’insécurité des axes routiers, créant « un marché captif qui écrase le transport terrestre ».
Dans un geste inhabituel, le syndicaliste a tenu à féliciter Laurent Saint-Cyr, récemment nommé à la tête du Conseil Présidentiel de Transition, pour avoir changé en 24 heures le directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH). Il en a profité pour adresser un message au nouveau DG, Vladimir Paraison :
« Ouvrez la route de Gressier et changez les policiers qui y sont déployés. Le pays ne peut pas rester otage d’un corridor stratégique verrouillé. »
Bénissoit accuse la compagnie Sunrise Airways de tirer profit d’un contexte verrouillé, citant des tarifs pouvant atteindre 1 048 dollars US pour un aller-retour Port-au-Prince–Les Cayes. Selon ses calculs, avec jusqu’à quatre vols quotidiens, l’entreprise accumulerait des recettes considérables pendant que « les bus restent garés, les camions rouillent et les crédits bancaires des transporteurs deviennent impossibles à rembourser ».
Pour M. Bénissoit, la situation actuelle n’est pas une fatalité mais « le produit d’une stratégie délibérée » visant à transférer les profits du transport terrestre vers d’autres circuits contrôlés par quelques opérateurs puissants.
Valescot Wilgins.
