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Haïti : tensions autour de la gestion de l’ONA, le CNOHA exige la révocation du directeur général Ronald Bazil

Port-au-Prince, Haïti.- La gestion de l’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA) refait surface au centre d’une vive polémique. Dans une sortie publique remarquée, Dominique St-Éloi, secrétaire général du CNOHA, a accusé le directeur général de l’institution, Ronald Bazil, de diriger des projets d’investissements jugés opaques, évalués à plusieurs millions de dollars américains.

Selon St-Éloi, l’ONA envisagerait la construction de centres commerciaux et de stations-service dans plusieurs régions du pays, chaque projet étant estimé à 1,8 million de dollars américains. Le syndicaliste soutient que ces initiatives profiteraient principalement à des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et à des figures du secteur privé, au lieu de répondre à la mission première de l’ONA : protéger les travailleurs et assurer leurs retraites.

Le CNOHA dénonce par ailleurs un défaut de versement systémique des cotisations des employeurs à l’ONA.

« Beaucoup d’entreprises prélèvent les contributions des ouvriers sans jamais les reverser. Nous parlons de dettes colossales, atteignant des centaines de millions de gourdes », a déclaré St-Éloi.

Ces accusations interviennent dans un contexte où la confiance du public envers les institutions publiques est déjà fortement ébranlée. Plusieurs observateurs craignent que de tels projets commerciaux ne constituent une dérive dans la gouvernance des fonds de la sécurité sociale, déjà fragilisée par la corruption et le manque de transparence.

Le CNOHA appelle donc à une enquête administrative indépendante et à la révocation du directeur général Ronald Bazil, estimant que « les intérêts des travailleurs sont mis en péril ».

Les autorités n’ont pour l’instant émis aucun commentaire officiel sur ces accusations.

Pour de nombreux syndicalistes, cette affaire illustre une fois de plus le fossé croissant entre l’État et les travailleurs, dans un pays où les institutions censées protéger les plus vulnérables semblent désormais servir des intérêts particuliers.

Par Valescot Wilgins