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Haïti – politique : le CND mise sur une consultation populaire pour refonder la gouvernance

Delmas, 2 février 2026.- Le Collège National des Démocrates (CND) a renouvelé, ce lundi à Delmas, son plaidoyer en faveur de l’organisation d’un plébiscite national, qu’il présente comme une voie de sortie endogène à la crise multidimensionnelle que traverse le pays. Lors d’une conférence de presse, les dirigeants du parti ont dressé un réquisitoire sévère contre la gouvernance actuelle et appelé la classe politique à un sursaut de responsabilité.

Dans un climat dominé par l’insécurité persistante, la dégradation économique et une transition politique largement contestée, le CND affirme vouloir replacer la souveraineté populaire au centre du processus décisionnel. Pour la formation politique, les mécanismes traditionnels de gestion de crise ont montré leurs limites et nourri une défiance croissante envers les institutions.

Prenant la parole, le porte-parole du parti, Rivage Élie, a dénoncé l’affaiblissement progressif des principes démocratiques, notamment depuis les événements survenus après le 3 avril. Il estime que des décisions majeures ont été prises en dehors de la volonté populaire, au détriment de la légitimité institutionnelle.

Selon lui, le fonctionnement même du pouvoir exécutif devrait rester soumis au verdict de la majorité. Il a rappelé qu’un chef de gouvernement désavoué politiquement ne saurait se maintenir sans tenir compte de la volonté de ceux qui l’ont porté aux responsabilités.

Le CND a également fustigé la performance du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), jugée en deçà des attentes nationales. Le parti reproche à cette structure son incapacité à organiser des élections crédibles, à restaurer un minimum de sécurité et à apporter des réponses concrètes à la cherté de la vie.

Pour Rivage Élie, Haïti se trouve aujourd’hui à un tournant historique, après plusieurs décennies de choix politiques qualifiés de contre-productifs depuis la chute du régime des Duvalier. Il appelle les dirigeants haïtiens à rompre avec les logiques de court terme et à privilégier, enfin, l’intérêt général.

Au cœur de la proposition du CND figure un plébiscite national présenté comme un exercice de démocratie directe, inclusif et affranchi de toute influence extérieure. Le porte-parole insiste sur la nécessité de construire une solution strictement haïtienne, fondée sur le dialogue interne et la responsabilité collective.

Dans cette perspective, le parti invite l’ensemble des forces vives partis politiques, organisations de la société civile, secteurs professionnels et citoyens à dépasser les clivages et à participer à un processus de concertation nationale.

Le CND est revenu sur les conditions ayant conduit à la transition en cours, notamment l’éviction de fait de l’ancien Premier ministre Ariel Henry au début de l’année 2024, dans un contexte de violences armées et de pressions diplomatiques. La reconnaissance rapide du CPT par certains partenaires internationaux est perçue par le parti comme le symbole d’une tutelle politique indirecte, aujourd’hui contestée.

Pour concrétiser sa démarche, la secrétaire générale du CND, Blonage Innocent, a détaillé les trois phases prévues pour la mise en œuvre du plébiscite. La première consistera en une phase d’intermédiation, au cours de laquelle le parti entend jouer un rôle de facilitateur entre les autorités, les acteurs politiques et la société civile.

La deuxième étape portera sur la rationalisation des nombreuses propositions existantes plus d’une cinquantaine, selon le CND afin de dégager une vision cohérente et consensuelle. Enfin, la dernière phase sera consacrée à l’organisation du vote, que le parti souhaite tenir autour du 5 février, dans l’objectif de définir un cadre clair pour la refondation politique.

Pour le CND, cette consultation populaire doit permettre aux citoyens de se prononcer sur le modèle de société qu’ils souhaitent et sur l’héritage institutionnel à léguer aux générations futures.

Le Collège National des Démocrates lance un appel solennel à la responsabilité collective. Il estime qu’en l’absence d’un processus inclusif, souverain et crédible, Haïti demeure exposée à une succession de transitions fragiles, à des blocages politiques récurrents et à une dépendance accrue vis-à-vis des décisions venues de l’extérieur.