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Haïti–France : la CONAPUH relance le débat sur la restitution des fonds de l’indépendance

La Conférence nationale des professeurs d’université d’Haïti (CONAPUH) a profité de la commémoration de l’assassinat de l’empereur Jacques Ier, le 17 octobre 2025, pour organiser, aux abords de l’auditorium de l’Université Métropolitaine de Port-au-Prince, une conférence-débat autour de la « double dette de l’indépendance d’Haïti » payée à la France pour la reconnaissance du deuxième État indépendant du continent américain (1825-1947).

Le politologue Marc-Sony Charles, intervenant sur les plans juridique et politique, a soutenu que le concept de double dette est impropre, puisqu’il n’existait ni créancier ni débiteur au sens juridique du terme. Selon lui, les arguments avancés par le roi Charles X ne faisaient nullement état d’une dette : sur le plan conceptuel et légal, il s’agissait plutôt d’une extorsion. Le conférencier a insisté sur la nécessité de restituer les sommes versées à la France, lesquelles ont gravement freiné le développement économique de cette jeune nation.

Le professeur d’histoire Makenson Jean-Baptiste, pour sa part, a retracé le contexte historique de cette période afin de démontrer la menace explicite de la France, qui promettait de détruire la capitale si Haïti refusait de signer l’ordonnance. Il a souligné que le président Jean-Pierre Boyer fut considéré comme l’homme idéal pour entériner ce texte, puisqu’il n’avait jamais été esclave : descendant de Français, il n’avait pas versé de sueur pour l’indépendance d’Haïti. Boyer aurait, selon lui, conquis le pouvoir grâce à sa relation amoureuse secrète avec la veuve de Pétion.

Le professeur Jean-Baptiste a déploré que Boyer n’ait pas eu la stature nécessaire pour diriger Haïti, lorsqu’il accepta de signer une ordonnance — et non une convention ou un traité —, un document dans lequel la France reconnaissait la partie française de l’île, mais non le nouvel État haïtien.

Les intervenants ont également souligné que, depuis plusieurs années, Haïti s’engage dans une course effrénée pour effacer sa mémoire collective, un combat qu’il convient de mener avec vigueur et lucidité au sein de l’élite consciente du pays.

L’initiative de la CONAPUH se veut ainsi un espace d’échanges, de réflexion et de lutte consciente pour le rapatriement de la souveraineté haïtienne, mais aussi pour la défense des intérêts supérieurs des enseignants du supérieur.

En tant que structure membre de la Communauté haïtienne des organisations de la société civile (COHOSOC), la CONAPUH, de concert avec la COHOSOC, prépare la présentation publique d’un Observatoire de sept (7) membres issus de la société civile, dont des universitaires. Cet observatoire sera chargé du suivi et du contrôle des réflexions menées au sein de la commission bilatérale franco-haïtienne sur la restitution, conformément à la résolution des Nations unies condamnant l’esclavage comme un crime contre l’humanité, ainsi qu’à la loi Taubira, qui le reconnaît en ces mêmes termes.

La présentation officielle de cet observatoire aura lieu le 2 novembre prochain, avec la participation de la Plateforme des étudiants haïtiens.

Ébens Exantus, politologue

Rapporteur de ladite conférence